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L'auteur

Grégoire Kueny

Professeur agrégé Education physique et sportive. Ancien instituteur

Auteur de "La famille est l'avenir de l'école"                                (F.X.Guibert 2000)


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Le scandale des emplois non pourvus | 02 septembre 2005

Je livre à votre réflexion un excellent article paru dans le magazine Valeurs actuelles. (Quelques réflexions fort justes concernent l'école)

"Valeurs Actuelles n° 3587 paru le 26 Août 2005

Économie

Le scandale des emplois non pourvus

Comment la France arrive-t-elle à la fois à compter 2,6 millions de chômeurs et 500 000 offres d'emploi non satisfaites ? Enquête sur un gâchis monumental.
Alors que le chômage touche plus de 2,5 millions de personnes, 500 000 offres d'emploi ne trouvent pas preneur, déplorait Dominique de Villepin le 8 juin dernier dans sa déclaration de politique générale. L'ANPE parle, pour sa part, de 185 000 emplois non pourvus. L'enquête 2005 -Besoins en main-d'œuvre-, réalisée par le Credoc pour le compte de l'Unedic dans 370 bassins d'emplois, fait état de près de 1,2 million de projets d'embauche déclarés par les employeurs. Les organismes spécialisés dans la recherche de l'emploi ont mis du temps à analyser de près cette réalité paradoxale.
Bien des artisans, des restaurateurs ou encore des entreprises du bâtiment se disent prêts à embaucher. Ce n'est pas pour autant qu'ils le font. Pour justifier leur attentisme, ils invoquent, pêle-mêle, le manque de croissance, les charges qui absorbent presque tout le salaire, la paperasse dévoreuse de temps et la crainte que la personne recrutée, une fois dans la place, ne puisse être licenciée si elle ne fait pas l'affaire.
Parmi les métiers les plus recherchés, les serveurs et maîtres d'hôtel, les chauffeurs routiers, les agents d'entretien, les ouvriers qualifiés des travaux publics ou de la mécanique, les maçons, les aides-soignants, les cuisiniers ainsi que les employés de maison. Sans parler des agriculteurs.
« Tout le monde peut être agriculteur », affirme Christophe Maginot, vice-président des Jeunes agriculteurs, inquiet de la disparition des exploitations, faute de repreneur. Si 70 % des jeunes qui s'installent succèdent encore à leurs parents, l'entrée en retraite de la génération du baby-boom incite les exploitants à chercher des entrepreneurs venus d'autres horizons.
Selon Alain Griset, président de l'Assemblée permanente des chambres de métiers (APCM), porte-parole auprès des pouvoirs publics des 880 000 entreprises artisanales, il y aurait 300 000 emplois à saisir dans les petites entreprises. François Moutot, directeur général de la même organisation, souligne que le départ en retraite de nombreux artisans  la moitié d'entre eux au cours des dix prochaines années  offre en théorie de nombreuses possibilités.
Dans le bâtiment, grâce à la forte croissance observée depuis cinq ans, 65 000 personnes qualifiées sont recrutées chaque année pour le renouvellement naturel des effectifs, auxquelles s'ajoutent 20 000 embauches nettes, un chiffre très insuffisant.
La palette des métiers en manque de bras est si large que tous les chômeurs devraient y trouver leur compte. Il n'en est rien.

La France cultive l'assistance et des dispositifs "parking".

En cause, l'inefficacité des services de l'emploi. L'institut de recherche Ifrap s'étonne dans une récente étude du résultat décevant de la lutte contre le chômage des jeunes. Malgré un budget public 3,5 fois supérieur à celui des Britanniques, la France comptait, en 2004, 345 000 chômeurs pour la tranche des 20-24 ans. Ils étaient 221 000 outre- Manche. Là où nos voisins mettent l'accent sur la création d'emploi et la fluidité du marché du travail, la France cultive l'assistance et des dispositifs dits "parking", les stages et les contrats d'insertion dont l'aboutissement est à l'opposé du but recherché : l'augmentation du chômage des jeunes.
« Quand on regarde comment les personnes privées d'emploi vivent les premiers mois de chômage, on constate une grande passivité », confiait pour sa part Jean-Pierre Revoil, directeur général de l'Unedic.
Sur le terrain, certains fonctionnaires ont pourtant su améliorer cette mauvaise performance. Christian Leroy, directeur des ressources humaines chez Agapes Restauration (12 000 collaborateurs avec les marques Flunch, Amarine, Pizza Paï...), éprouve depuis longtemps des difficultés non pas tant à recruter mais à conserver ses employés. Il a signé un accord de partenariat avec les agences locales de l'ANPE dont l'efficacité s'est immédiatement vérifiée. « Le turn-over chez nos employés est passé de 100 à 40 %. Le dialogue avec l'ANPE a permis une meilleure qualité de recrutement et, de notre côté, nous avons amélioré la formation. »
Deuxième difficulté : le manque de formation. Là encore, la comparaison avec nos voisins européens laisse songeur. « Il est cinq fois plus difficile pour les jeunes Français de 15 à 24 ans de sortir du chômage après un mois que pour un jeune Danois », explique l'Ifrap à propos du plan Borloo. L'organisme précise que, pour les chômeurs sans qualification, la situation est encore plus frappante : « Un Français sans qualification a vingt-quatre fois plus de “chance” d'être au chômage qu'un Danois. »
Pourtant, l'apprentissage a fait des progrès. « Nous n'avons jamais eu autant de jeunes en formation », constate Jean Michelin, responsable de la formation au sein de la Fédération française du bâtiment (FFB). Pour obtenir un tel résultat, il a fallu mettre dans le coup l'ANPE, les Assedic et tous les services officiels consacrés à l'emploi comme l'Association pour la formation professionnelle des adultes (Afpa). Plus important encore, faire admettre aux entrepreneurs que la seule affiche “cherche maçon qualifié” collée au camion ne suffisait pas.
Car la première difficulté provient de la méconnaissance des jeunes de ces métiers et du fossé qui s'est creusé entre eux et les entrepreneurs. « Il ne faut pas attendre que les jeunes viennent à nous. Au contraire, c'est nous qui devons aller à leur rencontre », confirme François Moutot à l'ACPM. Le slogan "80 % de bacheliers" a fait des ravages auprès des collégiens comme de leurs parents. La plupart ne conçoivent pas d'avenir possible sans un baccalauréat et se désintéressent des filières courtes. Quant aux employeurs, ils ont aussi besoin de changer de style.
La pédagogie "du coup de pied au cul" ne marche plus auprès de ces jeunes, de bonne volonté pour la plupart, mais qui ne savent littéralement rien faire de leurs dix doigts, car l'Éducation nationale a encore peu de considération pour les activités manuelles.
« C'est un long travail d'approche. Le paternalisme d'autrefois n'opère plus non plus car l'exemplarité n'est pas ce qui frappe les jeunes. Ceux qui sont fascinés par la Ferme ou l'Île de la tentation ont du mal à aborder les choses simples de la vie de tous les jours », confie un enseignant de la filière professionnelle. Se lever le matin, ne pas envoyer promener le client à la première difficulté, respecter la hiérarchie sont des attitudes parfois difficiles à acquérir.

Sortir du carcan administratif.

Il faut aussi surmonter un certain nombre de préjugés.
“Ce sont des métiers sales, mal payés, où les horaires ne sont pas respectés”, entend-on couramment à propos des restaurateurs ou des artisans.
« Les jeunes que je rencontre sont agréablement surpris qu'un employé carreleur débutant gagne nettement plus que le smic. Et s'il travaille bien par la suite, il peut gagner sa vie très honorablement », explique François Moutot.
Les 35 heures sont appliquées dans ces métiers comme dans les banques ou les grands groupes industriels. Même l'hôtellerie et la restauration, souvent montrées du doigt, ont allégé leurs contraintes. Christian Recoing, vice-président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (UMIH), syndicat patronal qui représente l'hôtellerie, la restauration, les cafés, bars et discothèques, met en avant les dernières évolutions de la convention collective. Une sixième semaine de congés payés, trente-neuf heures hebdomadaires au lieu de quarante-deux ont été accordées aux salariés de cette filière. Il n'empêche, le métier est difficile. Trente-neuf heures ne sont pas trente-cinq heures et les jeunes serveurs se plaignent de travailler tard le soir ou le week-end quand les camarades de leur âge s'amusent.
Pour les convaincre, Christian Leroy (Agapes) insiste sur les possibilités de carrière trop souvent ignorées. Un employé motivé et entreprenant peut faire carrière. À l'en croire, c'est juste le premier pas dans l'entreprise qui coûte car, par la suite, Agapes n'a aucune difficulté à conserver ses cadres.
Jean Michelin, de la FFB, souhaite une simplification des formations au lieu du carcan pédagogique et administratif trop souvent proposé à des chômeurs qui ont déjà une longue expérience professionnelle et qui n'y comprennent rien. Le langage de ces parcours professionnalisants est incompréhensible et leur contenu déconnecté des réalités.
« Dans l'Aube, raconte-t-il, mes collègues ont recruté des femmes autrefois employées dans le textile, en proposant des formations courtes, pratiques, qui mettent rapidement en valeur les personnes. Ces femmes veulent simplement gagner leur vie. Leurs obligations familiales ne leur permettent pas de passer des heures et des heures en formation. Il faut du pratique et de l'efficace. Elles sont contentes quand le monde du travail les reconnaît rapidement. »
Jean-François Bernardin, président de l'Assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie, auteur du rapport "Emploi : les contresens français", s'insurge contre les préjugés et l'idée que seuls les services créent encore des emplois. L'industrie nécessite moins de main-d'œuvre qu'autrefois mais a besoin de renouveler ses effectifs, de rajeunir la pyramide des âges. Elle crée aussi indirectement des emplois par les services qu'elle consomme et les nouvelles technologies qu'elle diffuse.
Il engage donc les jeunes à ne pas exclure a priori des filières qui les intéressent sous prétexte qu'elles seraient bouchées.
Les restaurateurs et les hôteliers estiment que les pouvoirs publics doivent faire leur part d'effort. « 70 000 emplois manquent. Ils pourraient être pourvus grâce à la baisse de la TVA », calcule André Daguin, président confédéral de l'UMIH et ancien président de la Fédération nationale de l'industrie hôtelière. « Le même secteur emploie deux fois plus de monde en Grande-Bretagne et en Allemagne ! », s'étonne-t-il régulièrement auprès des ministres concernés.
Les artisans, qui représentent 30 % des entreprises françaises, demandent également à l'État de faciliter les démarches de l'entrepreneur. « Un artisan qui emploie deux ou trois ouvriers ne se décide pas facilement à prendre une personne supplémentaire, même s'il ne sait plus où donner de la tête. Si sa nouvelle recrue ne fait pas l'affaire, il lui en coûte tellement cher de la débaucher qu'il préfère payer des heures supplémentaires à ceux qui sont déjà en place et travailler lui-même un peu plus tard », explique l'un d'eux.
Autrement dit, c'est parce qu'il ne peut pas facilement débaucher que l'artisan n'embauche pas. Les Danois l'ont bien compris. En accordant aux employeurs une liberté quasi totale de licencier, ils ont réussi à diminuer le chômage de 60 % entre 1993 et 1999. Après un préavis d'une durée moyenne de deux à trois semaines, l'employeur ne paie aucune indemnité pour les salariés de moins de douze ans d'ancienneté, un mois seulement entre douze et quinze, deux mois entre quinze et dix-huit et trois mois au-delà.
Le contrat de nouvelle embauche, accessible depuis le 4 août dernier aux entreprises de vingt salariés au plus, s'inspire de cette expérience. Pendant une période de deux ans dite de "consolidation", le salarié comme l'employeur peuvent se séparer sans donner de motif. « Il ajoute de la flexibilité, c'est ce qui nous manque quand nous n'avons aucune visibilité sur l'évolution de notre activité », explique un hôtelier. D'après Gérard Larcher, ministre délégué à l'Emploi, au Travail et à l'Insertion professionnelle des jeunes, 2,5 millions d'entreprises seraient concernées dont 1,5 million n'emploient aujourd'hui aucun salarié.
Pour garder un bon ouvrier, il faut aussi lui proposer des augmentations de salaire. Pour que cette dernière revienne au salarié et ne parte pas en charges, plusieurs artisans proposent une forfaitisation des charges plutôt que des charges proportionnelles au salaire.
Autre frein à l'embauche, la lourdeur des formalités administratives. L'artisan constate qu'il passe déjà le tiers de son temps à faire les factures, les feuilles de paie, la comptabilité et les diverses déclarations réglementaires. Il est naturellement rebuté à l'idée des contraintes paperassières d'une nouvelle embauche. Le chèque emploi-service répond en partie à cette préoccupation.
Mais l'ampleur de l'inadaptation de l'offre et de la demande sur le marché du travail traduit un phénomène culturel qui ne trouvera pas sa solution dans quelque remède miracle mais dans une mobilisation générale du pays qui passe par une réhabilitation du travail. " (Marie-Thérèse Ferracci)

Publié par gregoirekueny à 10:28:10 dans Emploi | Commentaires (0) |

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